Le crédit à la consommation entre en 2026 dans une phase décisive. Le marché progresse, mais sous l’œil de plus en plus vigilant du législateur. Avec 217 milliards d’euros d’encours fin septembre 2025 et une croissance annuelle de 2,4 %, ce type de prêt reste un pilier du financement des ménages, loin devant le simple “coup de pouce” ponctuel.
La nouveauté, c’est le changement de cadre : l’ordonnance 2025-880, applicable au 20 novembre 2026, va étendre les règles du crédit à la consommation à quasiment tout ce qui ressemble de près ou de loin à un prêt : mini-crédits, paiements fractionnés, LOA, découverts… Selon le portail officiel Service-Public.fr, l’objectif est clair : protéger davantage l’emprunteur et prévenir le surendettement plutôt que le gérer a posteriori.
En travaillant ces chiffres et ces textes, je retrouve une tension que je vois souvent sur le terrain : le crédit reste indispensable pour financer une voiture, des travaux ou un imprévu, mais l’accès devient plus sélectif, surtout pour les foyers déjà fragiles.
A retenir :
- Le crédit conso représente environ 14 % de l’encours total des crédits aux particuliers.
- Les prêts personnels tirent le marché, le crédit renouvelable recule.
- Les mini-crédits et paiements fractionnés sont désormais dans le viseur du régulateur.
- La réforme 2026 renforce la protection mais risque d’accentuer l’exclusion financière de certains ménages.
Principales tendances du marché du crédit à la consommation en 2026
Encours, segments et dynamique globale
L’encours de 217 milliards d’euros fin septembre 2025 traduit une reprise modérée, après la stagnation observée en 2024. Le prêt conso – ou crédit à la consommation – représente environ 14 % de l’encours total des crédits aux particuliers. Il demeure un levier central du financement des ménages français, utilisé pour lisser dans le temps les dépenses importantes : automobile, travaux, ou encore équipements du foyer.
Les évolutions par segment sont nettes :
- Prêts personnels : segment le plus dynamique, avec +13,5 % au premier trimestre 2025. Leur succès tient à leur image de produit simple et transparent, au TAEG clair et à leur flexibilité d’usage. De nombreux emprunteurs se tournent désormais vers ce prêt conso plutôt que vers des formules plus coûteuses comme le crédit renouvelable.
- Crédit renouvelable : léger recul de –0,8 %, pénalisé par des taux très élevés (environ 14,5 % en moyenne) et une réputation de produit risqué.
- Crédit auto : baisse sur le neuf (–3,7 %), légère hausse sur l’occasion (+0,6 %), sur fond de transition vers l’électrique et de prix d’achat encore élevés.
Dans les dossiers que j’ai pu analyser, les ménages arbitrent de plus en plus en faveur du prêt conso personnel plutôt que du crédit renouvelable, quitte à rallonger un peu la durée de remboursement. C’est un changement culturel majeur, nourri par la recherche de stabilité budgétaire et la volonté d’éviter les mauvaises surprises liées aux taux variables.
Taux d’intérêt : cher, mais moins qu’ailleurs en Europe
En septembre 2025, les taux moyens sur les nouveaux crédits à la consommation se situent autour de 5,9 %, contre 7,4 % en moyenne dans la zone euro. Les projections prévoient un taux bancaire autour de 3,15 % en 2026, ce qui permet une détente progressive, sans retour aux taux ultra-bas d’avant-crise.
Selon le ministère de l’Économie, via son portail economie.gouv.fr, la concurrence entre banques, établissements spécialisés et captives automobiles continue de maintenir un certain niveau de compétitivité sur les TAEG, à condition de comparer les offres et de regarder au-delà du seul montant de mensualité.
De mon côté, je vois de plus en plus de ménages venir avec plusieurs propositions en main, parfois issues de simulateurs en ligne, pour comparer finement le coût total du crédit et non seulement la mensualité “psychologique”.
Contexte macro : confiance en léger rebond, consommation en reprise
L’environnement économique de 2026 reste fragile mais en amélioration :
- croissance du PIB autour de 0,9 % ;
- inflation ramenée à 1,6 % ;
- chômage stabilisé vers 7,8 % ;
- consommation des ménages attendue à +1,0 % (contre +0,4 % en 2025).
Les enquêtes de conjoncture montrent un redressement de la confiance des ménages, l’indice remontant à 90 en octobre 2025 (moyenne historique 100). Les Français se déclarent plus confiants dans leur capacité à épargner, ce qui peut paraître paradoxal alors qu’ils recourent encore massivement au crédit pour certains projets.
Dans cette ambiance, le prêt à la consommation reste un outil de lissage des chocs : on emprunte pour absorber une dépense lourde tout en préservant un matelas d’épargne jugé vital après les années d’incertitude.
Impacts et conséquences des nouveaux risques et de la réforme 2026
Mini-crédits et paiements fractionnés : le vrai sujet 2026
Le vrai changement de paradigme, ce sont les mini-crédits et paiements fractionnés (BNPL). Les chiffres sont bruts :
- en 2022, ils apparaissaient dans 1 % des dossiers de surendettement ;
- en 2023, déjà dans 7 % ;
- en 2024, dans 17 % des dossiers.
Selon plusieurs analyses relayées par des médias comme France Télévisions et Franceinfo, la multiplication de ces petits crédits, souvent contractés en ligne en quelques clics, constitue un facteur majeur de fragilisation pour les budgets modestes.
Dans les cas que j’ai étudiés, on retrouve le même schéma : des achats en paiement fractionné sur plusieurs sites, quelques mini-crédits pour “tenir le mois”, un découvert bancaire pris comme acquis… et la prise de conscience n’arrive qu’au moment où les prélèvements s’additionnent.
L’ordonnance 2025-880 : ce qui change vraiment au 20 novembre 2026
L’ordonnance n° 2025-880 du 3 septembre 2025 élargit radicalement le champ d’application du crédit à la consommation. Selon le site officiel Vie-publique.fr, elle transpose la directive européenne 2023/2225, en modernisant le cadre pour mieux tenir compte des usages numériques et des nouveaux produits type BNPL.
Concrètement, seront désormais inclus :
- mini-crédits de moins de 200 € ;
- crédits gratuits et paiements fractionnés, même sur moins de 3 mois ;
- crédits jusqu’à 100 000 € (au lieu de 75 000 € auparavant) ;
- LOA, découverts, facilités de caisse.
Le périmètre passe “du premier euro à 100 000 €”. Tout ce qui ressemble à du crédit devient pleinement encadré : fiche d’information, TAEG, contrôle de solvabilité, taux d’usure.
“Le crédit à la consommation n’est plus un bloc homogène : c’est une constellation de produits, du micro-achat en trois fois à la LOA sur cinq ans. La réforme 2026 ne fait qu’une chose : rappeler que, derrière chaque formule marketing, il y a un engagement de remboursement.”
Surendettement et découvert : une épée de Damoclès
Le surendettement reste le grand risque structurel. En 2024, 1,9 milliard d’euros de dettes des ménages surendettés proviennent du crédit à la consommation, soit 43 % de leur dette totale.
Autre point critique : le découvert bancaire. Environ un quart des Français seraient à découvert chaque mois, souvent au-delà de 200 €. La réforme impose :
- un contrôle de solvabilité avant d’accorder un découvert significatif ;
- une vision plus claire du découvert comme un crédit et non comme un “coussin automatique”.
Pour des foyers habitués à “vivre dans le rouge”, cette bascule risque d’être brutale : baisse des plafonds, refus de renouvellement, transformation du découvert en crédit amortissable avec mensualité fixe.
“Nous avions recours régulièrement au découvert et au paiement en plusieurs fois pour gérer les aléas. Quand la banque a réduit notre autorisation et que certaines demandes de financement ont été refusées, on a eu l’impression d’être sanctionnés. On comprend qu’il faut éviter le surendettement, mais sur le moment, c’est vécu comme un choc.”
Ce ressenti est au cœur de l’enjeu politique de 2026 : comment protéger sans exclure ?
Secteurs et projets financés en 2026 : auto, travaux, équipements, vie courante
Automobile et mobilité : la LOA sous pression
L’automobile reste le premier poste de recours au crédit conso. La LOA finance près de 87 % des voitures neuves et environ 28 % des véhicules d’occasion.
La réforme 2026 change plusieurs paramètres :
- la LOA est désormais soumise à un taux d’usure dédié ;
- le TAEG complet doit être calculé et affiché, en intégrant loyers, frais et options ;
- l’accès pour les profils risqués sera plus strict.
On peut anticiper :
- une recomposition de l’offre, avec plus de location longue durée (LLD) ;
- des durées allongées pour rester sous l’usure ;
- un tri plus sévère sur les dossiers à faible reste à vivre.
De mon côté, je vois déjà des ménages reconsidérer leur niveau de gamme, passant d’un véhicule neuf très équipé à un modèle d’occasion mieux adapté à leur capacité de remboursement réelle.
Travaux et rénovation : crédit conso et transition énergétique
Les crédits travaux, avec un TAEG moyen autour de 5,3 %, servent largement à financer :
- isolation, changement de chauffage, remplacement des fenêtres ;
- aménagement intérieur, agrandissement, améliorations de confort.
Retour d’expérience : un couple de trentenaires a combiné prêt travaux et primes publiques pour isoler une maison mal classée énergétiquement. La mensualité du crédit était largement compensée par la baisse de la facture de chauffage. Ici, le prêt à la consommation joue pleinement son rôle de levier de transition énergétique, plutôt que de simple consommation.
Équipements et biens de consommation : prudence post-inflation
Le financement des équipements ménagers et high-tech a reculé d’environ –8,6 % en 2024, reflet d’une prudence accrue après la séquence inflationniste.
Retour d’expérience : dans plusieurs dossiers, j’ai constaté que les ménages reportaient l’achat d’équipements non essentiels ou privilégiaient l’occasion, pour éviter d’empiler paiements fractionnés et petites mensualités qui “ne se voient pas”… jusqu’au jour où elles saturent le budget mensuel.
Profil des emprunteurs : actifs, ménages modestes et quasi-parité
Le profil type de l’emprunteur :
- 25–50 ans, majoritairement actifs ;
- quasi-parité hommes/femmes (48 % de femmes, 52 % d’hommes) ;
- poids important des ménages modestes, pour qui le crédit conso est parfois la seule solution pour financer des dépenses importantes.
Cette spécificité française explique la sensibilité du débat public : toute restriction d’accès au crédit conso est vue à la fois comme une protection nécessaire et comme une possible source d’exclusion pour ceux qui n’ont ni épargne, ni soutien familial.
Solutions, initiatives et stratégies d’adaptation pour 2026
Comment les acteurs du crédit vont-ils adapter leurs offres ?
La réforme 2026 oblige banques, captives et fintechs à revoir leurs modèles. On observe déjà plusieurs mouvements :
- transformation des mini-crédits et BNPL en produits clairement identifiés comme crédits, avec TAEG affiché ;
- montée en puissance de parcours de scoring plus fins, intégrant davantage de données (revenus, charges, historique) ;
- développement d’offres de réaménagement de dettes pour éviter le basculement rapide vers le surendettement : regroupement de crédits, allongement de durée, mensualité unique.
Selon les analyses publiées par des organismes pédagogiques comme La Finance Pour Tous, la clé sera aussi l’information de l’emprunteur : fiches synthétiques, simulateurs en ligne, explication du taux d’usure, du TAEG, du coût total.
Un tableau pour clarifier les enjeux par type de crédit
| Type de crédit | Usage principal | Taux moyen 2025 | Risque majeur pour les ménages | Effet de la réforme 2026 |
| Prêt personnel | Projets divers, auto, trésorerie | ~5,1 % | Sur-durée, empilement de prêts | Solvabilité renforcée, FICP quasi systématique |
| Crédit auto / LOA | Véhicules neufs et d’occasion | ~5,2 % (hors LOA) | Suréquipement, valeur résiduelle sous-estimée | TAEG obligatoire, taux d’usure dédié pour la LOA |
| Crédit travaux | Rénovation, énergie, agrandissement | ~5,3 % | Sous-évaluation du coût total des travaux | Contrôle solvabilité renforcé, mais logique inchangée |
| Crédit renouvelable | Dépenses de vie courante | ~14,5 % | Surendettement, manque de lisibilité des coûts | Encadrement maintenu, vigilance accrue des autorités |
| Mini-crédits / paiements fractionnés | Achats en ligne, imprévus | Variable, souvent élevé | Effet boule de neige, accumulation de dettes | Entrée complète dans le champ du crédit conso |
| Découvert bancaire | Fin de mois, imprévus | Coût implicite élevé | Découvert permanent, dépendance | Accès restreint, assimilé à un crédit à part entière |
Le crédit à la consommation n’est ni l’ennemi, ni le sauveur des ménages : c’est un outil puissant. Utilisé avec lucidité, il soutient des projets utiles. Utilisé sans visibilité, il peut devenir un accélérateur de fragilité budgétaire.
En 2026, le marché du prêt à la consommation en France bascule clairement vers un crédit plus responsable, mieux encadré juridiquement, mais aussi plus sélectif. Les emprunteurs les plus solides profiteront de taux encore compétitifs ; les plus fragiles devront composer avec des refus plus fréquents et des offres plus strictes.
Nicolas Brémand est juriste en droit du numérique au niveau européen. Il a été enseignant et chercheur. Nicolas aime transmettre ses connaissances aux autres. Il est tout naturellement devenu rédacteur web sur des sujets comme la finance, le numérique et bien d’autres.
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