La réforme des fonds durables adoptée en Europe en mai 2025 marque un tournant dans la lutte contre le greenwashing financier.
Pourtant, derrière les nouvelles règles et les ambitions affichées, beaucoup d’experts s’interrogent : ces mesures permettront-elles vraiment d’assainir la finance verte ou ne sont-elles qu’un pas de plus sur un long chemin ?
A retenir :
- Les critères ESG deviennent plus stricts en Europe depuis 2025.
- L’exclusion des énergies fossiles est désormais obligatoire pour certains fonds.
- De nombreuses failles subsistent dans l’application réelle des règles.
Des règles plus strictes pour les fonds dits « durables »
Depuis mai 2025, l’Union européenne encadre plus sévèrement l’utilisation des termes « durable », « ESG » et « vert ». Selon l’ESMA, tout fonds prétendant à une dimension écologique doit désormais investir au moins 80 % de ses actifs dans des entreprises réellement alignées sur des critères environnementaux. Les fonds qui utilisent des termes « verts » sans respecter ces seuils risquent d’être requalifiés.
Selon BigMedia Bpifrance, cette réforme vient combler les lacunes d’un marché longtemps jugé trop permissif, où certains produits financiers pouvaient se présenter comme responsables tout en finançant des activités polluantes. L’exclusion explicite des entreprises liées aux combustibles fossiles dans certaines catégories est l’un des marqueurs forts de cette évolution.
Des limites qui freinent encore la transparence
Malgré ces avancées, le dispositif souffre encore d’importantes faiblesses. Plusieurs gestionnaires d’actifs ont choisi de reclasser leurs fonds vers des catégories plus souples (comme l’article 8 du SFDR) afin d’échapper à des obligations trop contraignantes. Cette stratégie, légale mais contestée, réduit l’efficacité globale du système.
Selon Reclaim Finance, près de 20 % des fonds européens ont modifié leur dénomination ou leur catégorie depuis 2024 pour s’adapter à la réglementation, sans changer significativement leur portefeuille d’investissement. Le greenwashing reste donc possible, même sous un cadre plus strict.
Dans mon expérience de suivi des fonds ESG, j’ai constaté que les rapports d’impact demeurent très inégaux : certains gestionnaires communiquent de façon exemplaire, tandis que d’autres se contentent d’indicateurs flous ou incomplets.
Les conséquences pour les investisseurs et le marché
Les investisseurs individuels comme institutionnels risquent encore d’être trompés par des produits à la communication trop flatteuse. Selon Novethic, les labels durables européens peinent à instaurer une réelle confiance, car ils ne garantissent pas toujours une transparence totale sur la composition des portefeuilles.
Voici quelques conséquences observées depuis l’entrée en vigueur de la réforme :
- La volatilité du marché ESG a augmenté, les fonds reclassés perdant parfois une partie de leurs investisseurs ;
- Les acteurs les plus vertueux gagnent en crédibilité et attirent davantage de capitaux ;
- Les ONG multiplient les contrôles et rapports indépendants pour repérer les abus.
De mon côté, j’ai vu plusieurs investisseurs institutionnels revoir leur stratégie après la révision du SFDR : certains ont préféré réduire leurs fonds estampillés « verts » pour se concentrer sur des investissements à impact réel mesurable.
Tableau : comparaison des critères avant et après la réforme SFDR 2025
| Critères | Avant 2025 | Depuis mai 2025 |
|---|---|---|
| Usage des termes « durable » | Libre, sans seuil précis | Réservé aux fonds avec 80 % d’actifs réellement durables |
| Exclusion des énergies fossiles | Optionnelle | Obligatoire pour certaines catégories |
| Transparence publique | Déclarations variables | Rapports obligatoires standardisés |
| Contrôle des autorités | Faible | Renforcé (ESMA, AMF) |
| Risque de greenwashing | Élevé | Réduit mais persistant |
Des réformes encore incomplètes selon les experts
Les experts financiers et les ONG environnementales saluent la réforme mais appellent à davantage de rigueur. Selon Greenpeace Suisse, tant que les fonds pourront investir une fraction significative dans des secteurs polluants ou controversés, le risque d’écoblanchiment demeurera.
Beaucoup réclament une harmonisation européenne plus ferme, incluant des sanctions en cas de manquement et une surveillance renforcée des labels privés. D’autres suggèrent de rendre publics les rapports d’impact détaillés et de créer un indice européen de durabilité des fonds.
Vers une finance durable plus crédible ?
La réforme du SFDR et les nouvelles directives de l’ESMA constituent une avancée indéniable. Toutefois, selon Green Finance, seule une approche plus radicale — avec exclusion systématique des énergies fossiles et sanctions claires en cas de tromperie — permettra de réellement stopper le greenwashing.
Les prochaines années seront donc décisives. Si les régulateurs européens maintiennent la pression, la finance durable pourrait enfin devenir une promesse tenue plutôt qu’un argument marketing.
Nicolas Brémand est juriste en droit du numérique au niveau européen. Il a été enseignant et chercheur. Nicolas aime transmettre ses connaissances aux autres. Il est tout naturellement devenu rédacteur web sur des sujets comme la finance, le numérique et bien d’autres.
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