Finance durable : que vaut le nouveau label ISR six mois après sa refonte ?

Nicolas Brémand

Publié le lundi 23 juin 2025 à 13h01

La réforme du label ISR, entrée pleinement en vigueur en janvier 2025 après une phase transitoire, marque un tournant dans la régulation de la finance durable en France. Avec des critères environnementaux et sociaux renforcés, le nouveau référentiel ambitionne de mieux orienter l’épargne vers des entreprises réellement engagées dans la transition. Six mois après son déploiement, les premiers résultats sont encourageants : amélioration des scores ESG, baisse de l’empreinte carbone, mais aussi retrait de nombreux fonds.

La réforme a posé des jalons solides, tout en laissant apparaître des défis d’application.

À retenir :

  • Le nombre de fonds labellisés a chuté de 29 % en six mois
  • Hausse de l’impact environnemental moyen des fonds ISR
  • De nouvelles exclusions pour les énergies fossiles non conventionnelles
  • Une volonté forte de définir la finance responsable à l’échelle européenne
  • Des doutes persistants sur la qualité réelle des plans climatiques d’entreprises

Un label plus exigeant pour définir la finance durable

L’objectif de la refonte du label ISR était clair : définir la finance durable à travers des critères robustes, transparents et alignés sur les engagements climatiques internationaux. En excluant désormais les entreprises actives dans les énergies fossiles non conventionnelles ou dans de nouveaux projets pétroliers, le label affiche une ambition assumée.

Le nouveau référentiel impose également des obligations de résultats : un tiers des entreprises les moins vertueuses doivent être exclues des portefeuilles, et 20 % des entreprises financées doivent présenter un plan de transition climatique crédible. L’objectif est de crédibiliser les promesses souvent floues de certains fonds estampillés ESG.

Dès 2026, les exigences iront encore plus loin, avec l’obligation pour les fonds de s’assurer que 15 % des entreprises à fort impact carbone disposent de trajectoires compatibles avec l’Accord de Paris, seuil qui grimpera à 20 % d’ici 2029.

« Cette réforme évite aux épargnants de tomber dans le piège du greenwashing. »

Claire A.

Un impact ESG mesurable et une empreinte carbone en baisse

Les effets de cette nouvelle version du label ISR se font déjà sentir sur la qualité moyenne des fonds labellisés. Selon les premiers bilans chiffrés, le score ESG moyen a connu une nette progression, tout comme l’empreinte carbone des portefeuilles qui continue de se réduire.

Une amélioration notable des performances extra-financières

La moyenne des scores d’impact ESG atteint désormais 68,2/100, en progression de 6 points. L’écart avec les fonds non labellisés s’élève à près de 9 points, confirmant que les exigences du label sont de plus en plus différenciantes.

Une empreinte carbone réduite pour les fonds ISR

Le ratio d’émissions a baissé de 10 % en un an, passant de 705 à 629 tonnes équivalent CO2 par million d’euros investis. Cette amélioration est attribuée aux nouvelles règles d’exclusion, mais aussi à un tri plus sélectif dans les portefeuilles.

Évolution des indicateurs clés depuis la réforme :

IndicateurAvant réforme (2024)Après réforme (2025)
Nombre de fonds labellisés1 236942
Score ESG moyen62,168,2
Écart ESG avec fonds non labellisés+2,4 pts+8,9 pts
Empreinte carbone moyenne705 t CO₂/M€629 t CO₂/M€

Des ajustements encore nécessaires malgré la dynamique positive

Malgré des avancées indéniables, plusieurs zones d’ombre et critiques émergent six mois après la mise en œuvre de la réforme. Pour bien comprendre, trois aspects clés méritent une attention particulière.

A lire également :   Top des meilleures SCPI pour des revenus trimestriels stables en 2025

La refonte du label, bien qu’ambitieuse, ne règle pas toutes les problématiques :

  • Une perte de confiance partielle liée à la complexité des critères
  • Des fonds qui peinent à rester labellisés, notamment chez les petits acteurs
  • Un risque persistant de greenwashing sur certains plans de transition

Les exigences ont provoqué une hémorragie de fonds

Près de 30 % des anciens fonds labellisés ont été retirés du label, soit volontairement par les gestionnaires, soit en raison de leur incapacité à se mettre en conformité. Cette réduction interroge sur l’accessibilité du label pour les petites structures.

La compréhension du label reste difficile pour le grand public

Malgré un effort de transparence, les méthodologies utilisées restent techniques et peu lisibles pour les particuliers. Les rapports d’impact sont souvent rédigés dans un langage d’expert peu accessible.

La qualité réelle des engagements des entreprises reste à surveiller

Un fonds peut respecter les critères du label tout en investissant dans des sociétés dont les plans climatiques sont encore théoriques. Une surveillance renforcée sera indispensable à moyen terme.

« Mon fonds est toujours labellisé, mais je ne comprends pas bien ce que cela signifie concrètement. »

Vincent T.

Financer l’économie européenne durablement : une ambition sur le long terme

À l’échelle européenne, la réforme du label ISR français s’inscrit dans une dynamique d’harmonisation des pratiques durables. L’alignement avec les directives européennes, comme la taxonomie verte ou les recommandations de l’ESMA, rend le label plus lisible à l’international.

Ce nouveau cadre vise à financer l’économie européenne en privilégiant les entreprises capables de s’engager réellement dans la transition énergétique et sociale. La sélection exigeante, les seuils chiffrés et la publication des exclusions apportent des garanties inédites pour les investisseurs institutionnels et particuliers.

Le label ISR nouvelle version ne se contente plus de bonnes intentions : il veut mesurer, trier, sanctionner si nécessaire. Cette évolution vers une labellisation plus technique mais plus robuste donne un signal clair aux marchés et aux citoyens : la finance responsable n’est plus un simple argument marketing.

En six mois, la réforme a montré qu’un label exigeant pouvait renforcer la crédibilité du secteur, mais aussi assainir le marché en écartant les démarches trop superficielles.

Investissez-vous dans un fonds ISR ? Avez-vous constaté des changements concrets ? Partagez votre expérience ou vos interrogations en commentaire pour enrichir la discussion.

Partagez votre avis