La banque publique Melli reprend la banque Ayandeh, un poids lourd privé en faillite en Iran

Nicolas Brémand

Publié le samedi 25 octobre 2025 à 14h44

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La reprise de la Banque Ayandeh par la Banque Melli marque une étape majeure dans le paysage financier iranien.

Cette nationalisation d’un acteur privé en difficulté révèle l’ampleur de la crise bancaire dans le pays et les efforts des autorités pour éviter une contagion systémique.

À retenir :

  • Melli reprend officiellement Ayandeh, en faillite.
  • L’opération vise à stabiliser le système bancaire iranien.
  • Les sanctions américaines et l’effondrement du rial ont aggravé la crise.
  • Le contrôle de l’État sur le secteur financier se renforce.

Une opération menée sous haute surveillance gouvernementale

La Banque Melli, pilier historique du système financier iranien, a été mandatée début octobre 2025 pour reprendre la Banque Ayandeh, considérée jusqu’à récemment comme l’un des plus grands établissements privés du pays. Selon les premières informations diffusées par les médias économiques iraniens, cette décision a été prise en urgence après plusieurs mois de blocage des comptes et de fuite des dépôts.

Selon l’Institut for the Study of War, cette reprise s’inscrit dans une stratégie globale du régime visant à éviter une crise financière comparable à celle de 2018. En 2024, la Banque Ayandeh avait déjà été sous surveillance renforcée en raison de ses engagements massifs sur des créances jugées irrécouvrables.

Ayandeh, symbole d’un secteur privé fragilisé par les sanctions

La chute de la Banque Ayandeh était pressentie depuis plusieurs années. Elle a accumulé des créances douteuses en raison de prêts massifs accordés à des conglomérats proches du pouvoir et de projets immobiliers risqués. Parallèlement, les sanctions économiques américaines l’ont directement visée pour ses liens avec l’IRIB, la télévision d’État iranienne.

Selon le Département du Trésor américain, ces sanctions ont considérablement limité les transactions en devises étrangères, asséchant la liquidité de la banque et accélérant son effondrement. La dépréciation continue du rial, tombé à des niveaux historiques en 2025, a aggravé la situation et entraîné une fuite des déposants.

Tableau : principaux indicateurs financiers de la Banque Ayandeh (2022-2025)

AnnéeCréances douteuses estimées (en Mds IRR)Taux de liquidité (%)Taux de change rial/dollar
202278035310 000 IRR / USD
20231 15028365 000 IRR / USD
20241 98020420 000 IRR / USD
20252 60014460 000 IRR / USD

Un contrôle accru de l’État sur la finance iranienne

La prise de contrôle d’Ayandeh par Melli n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une tendance plus large de recentralisation du secteur financier par l’État iranien. D’autres banques privées en difficulté, comme Sarmayeh et Ghavamin, ont également été placées sous tutelle publique ces dernières années.

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Selon Critical Threats, le gouvernement iranien considère désormais la mainmise sur les grandes institutions financières comme une arme économique stratégique pour contourner les effets des sanctions et maîtriser les flux monétaires internes.

Des conséquences économiques lourdes pour les ménages

Derrière cette nationalisation, ce sont des millions de déposants iraniens qui sont directement concernés. Le secteur bancaire privé représentait encore 40 % des dépôts en 2020. Aujourd’hui, une part croissante de ces avoirs est rapatriée dans les banques publiques, souvent au détriment de la concurrence et de la transparence.

La reprise d’Ayandeh aura aussi un impact sur les taux de crédit aux particuliers et aux entreprises, dans un contexte d’inflation dépassant 50 % selon plusieurs sources économiques iraniennes. Les experts s’inquiètent d’une étatisation massive qui pourrait freiner toute modernisation du système financier.

Un avenir incertain pour le système bancaire iranien

Si cette opération permet d’éviter une faillite en chaîne, elle ne règle pas les problèmes structurels du secteur : manque de transparence, dépendance aux circuits politiques, absence de réforme monétaire et fragilité face aux sanctions internationales.

  • Renforcement du contrôle étatique.
  • Risques accrus pour la compétitivité des banques restantes.
  • Inquiétude des investisseurs étrangers déjà très frileux.

Selon NCR-Iran, cette absorption illustre la fragilité profonde du modèle bancaire iranien, dont les marges de manœuvre se réduisent à mesure que la pression économique extérieure s’intensifie.

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