La reprise de la Banque Ayandeh par la Banque Melli marque une étape majeure dans le paysage financier iranien.
Cette nationalisation d’un acteur privé en difficulté révèle l’ampleur de la crise bancaire dans le pays et les efforts des autorités pour éviter une contagion systémique.
À retenir :
- Melli reprend officiellement Ayandeh, en faillite.
- L’opération vise à stabiliser le système bancaire iranien.
- Les sanctions américaines et l’effondrement du rial ont aggravé la crise.
- Le contrôle de l’État sur le secteur financier se renforce.
Une opération menée sous haute surveillance gouvernementale
La Banque Melli, pilier historique du système financier iranien, a été mandatée début octobre 2025 pour reprendre la Banque Ayandeh, considérée jusqu’à récemment comme l’un des plus grands établissements privés du pays. Selon les premières informations diffusées par les médias économiques iraniens, cette décision a été prise en urgence après plusieurs mois de blocage des comptes et de fuite des dépôts.
Selon l’Institut for the Study of War, cette reprise s’inscrit dans une stratégie globale du régime visant à éviter une crise financière comparable à celle de 2018. En 2024, la Banque Ayandeh avait déjà été sous surveillance renforcée en raison de ses engagements massifs sur des créances jugées irrécouvrables.
Ayandeh, symbole d’un secteur privé fragilisé par les sanctions
La chute de la Banque Ayandeh était pressentie depuis plusieurs années. Elle a accumulé des créances douteuses en raison de prêts massifs accordés à des conglomérats proches du pouvoir et de projets immobiliers risqués. Parallèlement, les sanctions économiques américaines l’ont directement visée pour ses liens avec l’IRIB, la télévision d’État iranienne.
Selon le Département du Trésor américain, ces sanctions ont considérablement limité les transactions en devises étrangères, asséchant la liquidité de la banque et accélérant son effondrement. La dépréciation continue du rial, tombé à des niveaux historiques en 2025, a aggravé la situation et entraîné une fuite des déposants.
Tableau : principaux indicateurs financiers de la Banque Ayandeh (2022-2025)
| Année | Créances douteuses estimées (en Mds IRR) | Taux de liquidité (%) | Taux de change rial/dollar |
|---|---|---|---|
| 2022 | 780 | 35 | 310 000 IRR / USD |
| 2023 | 1 150 | 28 | 365 000 IRR / USD |
| 2024 | 1 980 | 20 | 420 000 IRR / USD |
| 2025 | 2 600 | 14 | 460 000 IRR / USD |
Un contrôle accru de l’État sur la finance iranienne
La prise de contrôle d’Ayandeh par Melli n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une tendance plus large de recentralisation du secteur financier par l’État iranien. D’autres banques privées en difficulté, comme Sarmayeh et Ghavamin, ont également été placées sous tutelle publique ces dernières années.
Selon Critical Threats, le gouvernement iranien considère désormais la mainmise sur les grandes institutions financières comme une arme économique stratégique pour contourner les effets des sanctions et maîtriser les flux monétaires internes.
Des conséquences économiques lourdes pour les ménages
Derrière cette nationalisation, ce sont des millions de déposants iraniens qui sont directement concernés. Le secteur bancaire privé représentait encore 40 % des dépôts en 2020. Aujourd’hui, une part croissante de ces avoirs est rapatriée dans les banques publiques, souvent au détriment de la concurrence et de la transparence.
La reprise d’Ayandeh aura aussi un impact sur les taux de crédit aux particuliers et aux entreprises, dans un contexte d’inflation dépassant 50 % selon plusieurs sources économiques iraniennes. Les experts s’inquiètent d’une étatisation massive qui pourrait freiner toute modernisation du système financier.
Un avenir incertain pour le système bancaire iranien
Si cette opération permet d’éviter une faillite en chaîne, elle ne règle pas les problèmes structurels du secteur : manque de transparence, dépendance aux circuits politiques, absence de réforme monétaire et fragilité face aux sanctions internationales.
- Renforcement du contrôle étatique.
- Risques accrus pour la compétitivité des banques restantes.
- Inquiétude des investisseurs étrangers déjà très frileux.
Selon NCR-Iran, cette absorption illustre la fragilité profonde du modèle bancaire iranien, dont les marges de manœuvre se réduisent à mesure que la pression économique extérieure s’intensifie.
Nicolas Brémand est juriste en droit du numérique au niveau européen. Il a été enseignant et chercheur. Nicolas aime transmettre ses connaissances aux autres. Il est tout naturellement devenu rédacteur web sur des sujets comme la finance, le numérique et bien d’autres.
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